Dial a poem

Publié le par Fabrice

Dial a poem

En 1968, le poète John Giorno est au téléphone, il s’ennuie. La conversation s’éternise. Lassé, il se dit : "Au lieu de ce bavardage stupide, ce pourrait être un poème." C’est ainsi que naît l’idée de Dial-A-Poem (Appelle un poème).

Cette œuvre ne se regarde pas, elle s’écoute ! Car Dial-A-Poem est... un service téléphonique. En composant un numéro, l’usager peut écouter des chansons, des discours et des poèmes, lus par 250 artistes proches de Giorno. Ce dernier a une grande ambition : il veut rendre la poésie accessible au plus grand nombre.

Quoi de mieux que le téléphone, ce média de masse, pour toucher facilement la population ? De plus, dans cette Amérique conservatrice, le téléphone est le canal parfait pour contourner la censure. Les usagers peuvent écouter en toute liberté les poésies radicales choisies par Giorno. Un véritable espace de subversion ! Dès son ouverture, le service téléphonique fait scandale. Il est aussi très populaire : ironiquement, c’est pendant les heures de bureau que les appels sont les plus nombreux…

Dial-A-Poem est même victime de son succès. A la suite d’un article élogieux dans le New York Times, des millions de personnes tentent d’appeler pour écouter un peu de poésie. Le standard est alors complètement saturé et John Giorno reçoit même un message de la compagnie téléphonique menaçant de couper la ligne! Pour Giorno, qui veut propager la poésie comme un virus, c’est mission accomplie.

Aujourd'hui, l'œuvre renaît le temps d'une exposition. Une ligne téléphonique a même été activée pour que tous puissent en faire l'expérience. Alors, envie d'un peu de poésie ?

46 ans après son lancement, Dial-a-poem revient au Palais de Tokyo, à l’occasion de la première rétrospective de l’artiste en France. Pendant toute la durée de l’exposition, redécouvrez l'œuvre culte de Giorno en composant le 0800 106 106 FREE (Appel gratuit en France depuis les fixes et les portables).

L’œuvre est augmentée d’une version française qui retrace plus d’un siècle de poésie sonore, d’Antonin Artaud à Esther Ferrer, Serge Gainsbourg ou Simone de Beauvoir, Bernard Heidsieck, Brigitte Fontaine ou encore Eric Duyckaerts, fidèle à la définition élargie de la poésie défendue par Giorno.

JOHN GIORNO, Palais de Tokyo (21.10 2015 – 10.01 2016)

Fabrice D

Publié dans Monde de la Poésie

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