Poète du mois de juin: Fauve (et la nouvelle scène française)

Publié le par Fabrice D

Fauve (et la nouvelle scène française)

Les critiques ne sont pas toujours tendres avec la poésie des écorchés vifs. Avec le groupe de musique Fauve, c’est quitte ou double. Soit on aime soit on déteste. Prosper Mérimée (qu’on a connu plus inspiré) écrivait déjà à propos des Fleurs du mal: « Un recueil très médiocre nullement dangereux où brillent certes quelques étincelles de poésie mais comme il peut y en avoir dans un pauvre garçon qui ne connaît pas la vie et que sa maîtresse a trompé ». Mérimée n’a pas saisi la bataille intérieure de Baudelaire avec le monstre qui le rongeait, son Fauve à lui : l’ennui.

Certes Fauve n’est pas Baudelaire. Contrairement au poète, leurs chansons sont plutôt des diamants bruts, des cris dans la nuit. Les textes sont très spontanés avec un style brutal et même parfois naïf. Un texte plus ciselé, aurait rendu leurs chansons artificielles, froides et nous aurions perdu en sincérité et en émotion.

Fauve se sont donc de jeunes adultes qui ont traversé une très grave crise intérieure (les textes parlent de l’hôpital psychiatrique Sainte Anne). Dans leur tête, ils ont un vrai « Blizzard ». Mais perdus dans la tempête, avec rien en ligne de mire, ils essaient d’avancer, de tenir un cap de s’accrocher à un espoir, car comme chacun le sait « c’est la nuit qu’il est beau de croire à la lumière. » (Edmond Rostand)

Bien sûr, tout le monde n’accroche pas. Le succès de Fauve a cependant ouvert la porte à une pléiade d’artistes qui continuent dans ce style musical nouveau. On ne compte plus les groupes à succès : Feu ! Chatterton, Baden Baden, Grand Blanc, Cabadzi,…

Dans des univers très différents (il y a vraiment plus qu’un monde entre Feu ! Chatterton et Fauve) avec ce goût affiché pour la poésie, la chanson française revient à la langue de Molière. Ces artistes ayant tous entre 20 et 30 ans, ont donc grandi avec une ouverture immense sur la musique grâce à Internet. Leurs influences sont donc très diverses. Un véritable melting-pot. Bien-sûr, il y a cet énorme emprunt au Rap (ou au Slam) avec des chansons qui jouent toujours avec la limite du parlé et du chanté. (Pour cela, on les compare souvent à Baschung). Leur musique a aussi des sonorités Pop, Rock ou Électro. Avec des mélodies contemporaines, ces groupes dépoussièrent donc la variété française.

Mais ces chanteurs ont aussi ouvert une brèche dans le monde sclérosé de la musique avec une nouvelle façon de procéder. Les producteurs et les artistes diffusent moins d’albums stéréotypés, calibrés pour le succès et pour rentrer dans des quotas. Il est tellement dur de percer aujourd’hui, vu la crise du disque, que désormais l’on fonce sur un projet qu’on aime et qu’on défend comme on peut (et tant pis si ça casse). Et ça c’est vraiment très sain !

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