Le poète qui a bu de l’ombre pour se rendre visible

Publié le par Fabrice D

Le poète qui a bu de l’ombre pour se rendre visible

Le poète du mois de novembre:
Tomas Tranströmer (1931-2015)
Poète suédois
Prix Nobel en 2011

Avec Tranströmer
"Il pleut des étoiles dans notre lit."

Il a peu écrit. L’ensemble des poèmes s’étalent sur moins de 300 pages. Mais chaque poème est d’une incroyable pureté. On pense aux haïkus, pas pour la forme mais pour l’économie de moyens et l’attitude contemplative.

Je suis sous les étoiles
et sens que le monde entre
et ressort de mon manteau
comme d’une fourmilière.

"L'éveil est un saut en parachute hors du rêve."
Par des mots simples il entre en nous doucement comme dans un rêve.

Le prix Nobel reste cependant lucide. Il n’est pas un doux rêveur dans sa tour d’ivoire.
Il s'est engagé socialement, notamment  par son métier de psychologue qu'il a longtemps exercé dans des prisons, auprès des handicapés, des toxicomanes et autres rejetés de la société suédoise. La vie ne l’a pas non plus épargné. A 59 ans il devient partiellement paralysé et aphasique.


"La mort cette tâche de naissance, poussait plus ou moins vite chez chacun d’entre nous."

Le poète, humble et sage sourit pourtant à la vie et s’émerveille  de musiques et de quelques bribes de poésie. Il n’a besoin de rien d’autre. Ses poèmes sont donc des murmures qui pèsent leurs poids d’humanité.
Ses textes, fragiles et légers appellent à l’apaisement, le répit.

Il dit de ses poèmes:
" [...]c'est écrit à la craie de la vie sur le tableau noir de la mort
"

Tranströmer n'est pas un poète lyrique. Il ne s'enferme pas dans un palais de glace et de beauté.
Il utilise un vocabulaire très simple. Ses thèmes de prédilection sont la nature comme tout  bon poète nordique mais aussi la modernité.  Ses textes parlent souvent du quotidien puis glissent ensuite,  peu à peu, dans la métaphore. Il est d'ailleurs le grand maître de la la métaphore.

Il arrive au milieu de la vie que la mort vienne
prendre nos mesures. Cette visite
s'oublie et la vie continue. Mais le costume
se coud à notre insu.

Les hommes souvent ont des mots mais pas de langage. Le monde lui n'a pas de mots mais un langage dont le sens nous échappe. Il est obscur, souvent opaque, mais derrière des ombres se dessinent des signes. Par l'intuition de la poésie Tranströmer s' attaque au langage du monde pour nous le traduire en mots. Tranströmer est donc le poète qui a bu de l’ombre pour nous rendre le monde visible.

Le temps n’est pas une distance en ligne droite, mais plutôt un labyrinthe, et quand on s’appuie au mur, au bon endroit, on peut entendre des pas précipités et des voix, on peut s’entendre passer, là, de l’autre côté.

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Fabrice D 12/11/2016 10:15

La puissance de la douceur de ses poèmes m’a frappé. En comparaison, j’ai vraiment l’impression d’écrire de la poésie comme un hippopotame. Mes poèmes hurlés contre le vent, trop gorgés de mélancolie, eux, peinent à s’envoler.