Djalâl-od-Din Rûmî: Poète de l'amour

Publié le par Fabrice D

Djalâl-od-Din Rûmî: Poète de l'amour

Poète du mois de janvier
Djalâl-od-Din Rûmî


1207-1273
Mystique et poète de langue perse (le farsi)

Les traductions de son œuvre en France sont tardives et datent du XXème. Nous, les occidentaux nous le connaissons surtout comme le fondateur de l'ordre des Derviches Tourneurs, célèbres pour leurs danses folkloriques reproduisant la rotation des planètes autour du soleil.

Le poète Rûmî n'a pas arrêté de chanter l'amour à travers des textes qui ont atteint des sommets tant au niveau poétique que spirituel.

Cet amour lui a été enseigné à 37 ans par un mystérieux Shams (soleil en persan). Ce derviche vagabond lui a transmis sa sagesse et par lui notre poète naît enfin à la vraie vie.

Voici un poème dont la figure de Dieu et de Shams se mélangent dans le terme "l'Aimé". Amour en persan se dit "eshq" (désir ardent) et étymologiquement ce terme signifie celui qui s'accroche comme le lierre.

Il est survenu l’Amour
Comme le sang, il coule dans mes veines,
Il m’a vidé de moi, il m’a rempli de l’Aimé.
L’Aimé a envahi chaque parcelle de mon être
De moi, ne reste qu’un nom
Tout le reste c’est Lui.

Son œuvre majeure est le Masnavî qui est aussi surnommé "le Coran persan". Masnavî est juste le nom d'un genre poétique classique persan. Celui de Rûmî (assez long) regroupe 150 contes spirituels regorgeant de métaphores et de poésie. Notre voltaire persan s'y révèle aussi comme l'un des grands penseurs du soufisme.

Majnûn (le fou) et Leyla restent les figures les plus célèbres de la poésie orientale. Quais (Majnûn) amoureux éconduit par Leyla finit par en perdre la raison. Rûmî (comme de nombreux poètes arabes et persans) réfléchit dans ce livre sur cette légende.

Pour le mystique, chaque être aurait appartenu et formé un tout (qu'il appelle Dieu) dont il a été séparé. L'Homme; comme Quais (avec sa passion) serait donc en quête de cet absolu originel. Cependant comme un épervier, il pourchasserait, l'ombre de sa proie au sol et non l'oiseau véritable dans le ciel. L'amour de Quais va cependant l'emmener à renoncer à sa propre identité, il va ainsi retrouver  Dieu. L'amour, (qu'on peut aussi canaliser) se révèle donc comme le meilleur des guides et la meilleure des énergies.

La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve

Dans un autre conte Rûmî relate un concours entre artistes chinois et byzantins (que j'ai résumé ci-dessous)

Un sultan voulait savoir qui étaient les meilleurs peintres des deux civilisations. Il fit construire deux salles identiques, l'une en face de l'autre. Dans la première salle, les peintres chinois exigèrent des couleurs aux pigments les plus purs et des pinceaux les plus fins. Les byzantins refusèrent, eux, tout matériel et ne prirent que des balais et des seaux. Au bout de plusieurs mois de travail, le pavillon chinois  montra une fresque des plus splendides et d'une composition des plus savantes. Le sultan ouvrit ensuite la salle byzantine. Les murs tellement polis et brossés étaient devenus des miroirs et dans la pièce s'y reflétait donc l'art chinois. L'éclat de la peinture y était cependant transfiguré et encore plus resplendissant.


Rûmî et les soufis, comme les byzantins de l'histoire, ne sont donc ni de grands intellectuels ni de grands techniciens, ils purifient juste leur âme de toute rancœur pour nous livrer d'incroyables poèmes remplis d'amour et de sagesse.

Danse des Derviches Tourneurs

Commenter cet article