Chroniques sur la poésie [3] explications sur les strophes
explication sur les strophes
Par définition, une strophe est un rassemblement de plusieurs vers qui fait une unité de sens dans la construction d’un poème. Une strophe peut être le lieu de jeux de rimes entre les vers d’une même strophe ou bien de rimes entres les vers de strophes différentes.
Les strophes sont constituées d’un certain nombre de vers, et portent un nom en relation avec le nombre de vers qu’elles comportent : monostique (ou monostiche) pour 1 vers ; distique (ou couplet) pour 2 vers ; tercet pour 3 vers ; quatrain pour 4 vers ; quintil pour 5 vers ; sizain pour 6 vers ; septain pour 7 vers ; huitain pour 8 vers ; neuvain pour 9 vers ; dizain pour 10 vers ; onzain pour 11 vers ; douzain pour 12 vers ; treizain pour 13 vers ; quatorzain pour 14 vers ; quinzain pour 15 vers ; seizain pour 16 vers ; dix-septain ; dix-huitain ; puis après on ne donne plus de nom particulier mais on donne le nombre de vers : « une strophe de 40 vers ».
La strophe porte un nom particulier lorsqu’il y a une construction particulière du poème :
- strophe isométrique lorsque tous les vers ont le même nombre de syllabes ;
- strophe hétérométrique lorsque les vers ont un nombre de syllabes différents ;
- strophe carrée lorsque le nombre de vers est équivalent au nombre de syllabes de ces vers : exemple un dizain de décasyllabes ;
- strophe horizontale lorsque le nombre de vers est inférieur au nombre de syllabes de ces vers : exemple un dizain en alexandrins ;
- strophe verticale, l’inverse de la strophe horizontale : exemple un dizain en octosyllabes ;
- strophe avec rimes inverses lorsque les rimes de cette strophe se retrouvent dans un autre ordre dans la strophe suivante ;
- strophe avec rimes concaténées lorsque le dernier vers de cette strophe sert dans le premier vers de la strophe suivante ;
- strophe avec rimes disjointes lorsque les rimes riment avec celles de la strophe suivante.
Enfin, le poème lui-même peut porter un nom particulier en rapport avec la construction de strophe qu’il contient : on connait très bien le Sonnet qui contient deux quatrains suivis de deux tercets ; un pantoun avec des strophes de quatre vers ; l’épigramme court est souvent constitué de strophes de deux vers ; la sextine est composée de six sixains.
Exemples :
Des distiques de Paul Verlaine, dans « Fêtes galantes », trois premières strophes du poèmes « Colloque sentimental » :
« Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux formes ont tout à l’heure passé.
Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles,
Et l’on entend à peine leurs paroles.
Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux spectres ont évoqué le passé. […] »
Des quatrains pour former un pantoun, de Charles Baudelaire dans les « Fleurs du mal », deux premières strophes du poèmes « Harmonie du soir » :
« Voici venir les temps où vibrant sur sa tige
Chaque fleur s’évapore ainsi qu’un encensoir ;
Les sons et les parfums tournent dans l’air du soir ;
Valse mélancolique et langoureux vertige !
Chaque fleur s’évapore ainsi qu’un encensoir ;
Le violon frémit comme un cœur qu’on afflige ;
Valse mélancolique et langoureux vertige !
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir. […] »
Une strophe onzain chez Jean Molinet et un de ses fatras :
« Ma très douce nourriture,
Quel déplaisir me fais-tu !
Ma très douce nourriture !
Tu avais en ma clôture
Femme pleine de vertus
Et précieuse vêture ;
Mais tu as changé pâture
Et puis tu es revenu,
Et je t’ai entretenu
Comme on fait, à l’aventure,
Un pèlerin mal vêtu ;
Mon seul fils, ma géniture,
Quel déplaisir me fais-tu ! »
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