Chroniques sur la poésie [4] explications sur la rythmique et l’accentuation

Publié le par Les Poètes en Berry

Explications sur la rythmique et l’accentuation

 

Le rythme est un élément essentiel en poésie, il permet de construire la manière de lire (et d’entendre) le poème en relation avec la construction des vers, des strophes, des rimes, des césures et encore de l’accentuation. L’accentuation n’est pas, ici, l’usage des accents aigus, graves ou circonflexes qui sont le fait de prononcer une lettre différemment, mais le jeu de rythme qui va dépendre de l’accent tonique des groupes syntaxiques (partie d’une phrase après laquelle on fait une pause).

 

Le français ne connaît que l’accent tonique qui est sur la dernière syllabe des groupes syntaxiques, c’est-à-dire qu’on met une intonation particulièrement haute sur la syllabe finale (sauf dans le cas d’un -e silencieux) : à l’exemple du mot « finale » où on entend beaucoup plus le « -al- » que le « fin- » et pas du tout le « -e ». En ce qui concerne les groupes syntaxiques, on se souvient les avoir vu à l’école primaire sous le nom de « groupe » : le « groupe sujet », le « groupe verbal » et le/les « groupes compléments/prépositionnels » ; exemple : « Le chat marchait dans le jardin » est composé du groupe sujet « Le chat » et du groupe verbal « marchait dans le jardin » qui lui-même intègre un groupe complément « dans le jardin ».

Enfin et évidemment, cette règle d’accentuation laisse libre le locuteur d’accentuer tout ce qu’il veut, il est appelé « accent d’insistance » ce principe d’accentuer dans la phrase toute syllabe souhaitée, ceci dans l’objectif en général de montrer un sentiment ou une émotion : dire « un chat » avec « un » accentué peut montrer l’étonnement sur le nombre de chat. Autre évidence, la forme interrogative d’une phrase à une accentuation particulière où la voix monte tout le long de la phrase.

 

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Fantaisie de Gérard de Nerval

Fantaisie de Gérard de Nerval

Le rythme d’un poème est, en français, et si on le veut dans une forme classique construit, un jeu de calcul entre la métrique des syllabes, les pauses/césures et l’accentuation des groupes syntaxiques : si dans un alexandrin (vers de 12 syllabes) il y a une césure (coupure/pause) après la 6e syllabe, alors il serait intéressant qu’un groupe syntaxique fasse les 6 premières syllabes, pour que l’accent tonique se superpose à la césure ; ainsi la lecture de ce vers sera naturellement récité car l’écrit et l’oral n’auront aucune différence.

« Le dieu Kneph en tremblant ébranlait l'univers », ce premier vers de « Horus » de Gérard de Nerval comporte une césure et même des coupes internes dans les hémistiches (encore plus visible dans certains autres vers) : Le dieu Kneph / en tremblant // ébranlait l'univers ; ceci permet de voir le « groupe sujet » bien séparé du « groupe complément » (en tremblant), lui-même coupé du « groupe verbal ». Toute cette construction permet la fluidité dans la récitation du vers. On comprend aussi que le groupe « en tremblant » qui pourrait être supprimé sans que cela change quoique ce soit au vers, n’est pas un superflu afin d’atteindre 12 syllabes mais bien un élément ajouté à la rythmique du vers pour que le vers ait une accentuation à la 3e, à la 6e et à la 12e syllabe. L’absence d’accentuation à la 9e syllabe pose ou une longueur voulu sur la fin du vers, ou un rythme qui est joué autre part : l’allitération du son « em/an » avec « tremblant ébranlait » fait ruisseler la fin du vers.

Evoquons, enfin, les principes d’enjambement, de rejet et de contre-rejet, quand le sens d’un vers se continue dans le vers suivant (ou précédent).

Nevermore de Paul Verlaine dans son recueil Poèmes Saturniens

Nevermore de Paul Verlaine dans son recueil Poèmes Saturniens

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L'exemple de Gérard de Nerval (1808 - 1855) :


Horus


Le dieu Kneph en tremblant ébranlait l'univers
Isis, la mère, alors se leva sur sa couche,
Fit un geste de haine à son époux farouche,
Et l'ardeur d'autrefois brilla dans ses yeux verts.

" Le voyez-vous, dit-elle, il meurt, ce vieux pervers,
Tous les frimas du monde ont passé par sa bouche,
Attachez son pied tors, éteignez son oeil louche,
C'est le dieu des volcans et le roi des hivers !

" L'aigle a déjà passé, l'esprit nouveau m'appelle,
J'ai revêtu pour lui la robe de Cybèle...
C'est l'enfant bien-aimé d'Hermès et d'Osiris ! "

La déesse avait fui sur sa conque dorée,
La mer nous renvoyait son image adorée,
Et les cieux rayonnaient sous l'écharpe d'Iris.

 

Un contre-rejet du deuxième vers au premier dans Nevermore de Paul Verlaine (1844-1896)


« Souvenir, souvenir, que me veux-tu ? L’automne
Faisait voler la grive à travers l’air atone,
Et le soleil dardait un rayon monotone
Sur le bois jaunissant où la bise détone.[…] »

 

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