Chronique sur la poésie [5] : présentation du Lai

Publié le par Les Poètes en Berry

Poème médiéval apparu au XIIe siècle dans une forme fixe, le Lai est avant tout un poème descriptif, narratif et surtout le récit abrégé d’une vaste histoire (à l’exemple des Lais sur la légende de Tristan et Iseut), en cela il peut être comparé au fabliau qui fait la même chose.  On distingue deux types de lai : le lai narratif et le lai lyrique.


Le lai narratif est typiquement le récit ou le conte d’une histoire d’aventure, épique ou non, ouvert et empreint de sensibilité et de mélancolie ainsi que d’amour courtois. Les Lais de Marie de France sont les plus représentatifs des lais narratifs. Les Lais narratifs traitent par exemple de la Matière de Bretagne et mettent souvent en scène les femmes avec leur volonté, leur sentiment, leur décision.


Le lai lyrique se sépare du lai narratif dans le fond comme dans la forme. Il n’est plus une histoire d’aventure mais une courte prestation, comme une chanson. Les sujets changent aussi, mais le lai lyrique garde la part belle à la sensibilité et aux émotions.
 

Publicité
Représentation de Tristan et Iseut, légende de l'amour courtois. Les deux personnages apparaissent dans le Lai du Chèvrefeuille de Marie de France

Représentation de Tristan et Iseut, légende de l'amour courtois. Les deux personnages apparaissent dans le Lai du Chèvrefeuille de Marie de France

Les Lais de Marie de France sont des octosyllabes fixes sans exceptions mais il n’y pas de construction d’ensemble pour les rimes. Le lai lyrique est décrit par Guillaume de Machaut qui le donne avec des strophes de huit vers octosyllabiques et composé de 12 strophes au maximum. Un schéma de rimes est aussi voulu : en majorité les huitains sont constitués de 2 quatrains en rime embrassées (ABBA).


Marie de France est la plus représentatrice des Lais dans toute leur beauté littéraire, Guillaume de Machaut, Eustache Deschamps et Christine de Pisan en écrivent également mais ils feront également des virelais, le genre de poème dans lequel disparait le Lai à la fin du Moyen-Age.

 

Pour en savoir plus : https://www.espacefrancais.com/le-lai/
 

Les deux amants, dessins de Ch. Chasselat, mis en premier page d'une édition "Poésies de Marie de France" de 1820.

Les deux amants, dessins de Ch. Chasselat, mis en premier page d'une édition "Poésies de Marie de France" de 1820.

Publicité

Exemple de Lai.

 

Le Lai de l’Ombre, de Jean RENART, vers 38-52 :


« […] C'est en considérant cela que j'ai entrepris une œuvre
où toutes les ressources de mon esprit seront employées
à mettre le bien en valeur, rendant ainsi hommage
à la grandeur de l'évêque.
C'est avec grand plaisir
que je me vois dans le cas d'orienter mon propos
selon ma propre inclination,
en donnant à la matière de mon récit une forme versifiée.
On dit : à bien ramer, à bien rimer,
on vient de la haute mer au rivage,
on vient au port où s'ancre l'œuvre consacrée au bien,
et on s'élève dans l'estime des rois et des comtes.
Vous allez donc entendre,
si je ne rencontre pas d'écueil, ce que j'ai à vous conter,
dans ce lai que je compose au sujet de l'Ombre.
[…] »

Illustration du Roman de la Rose de Jean Renart, monument littéraire du Moyen-Âge

Illustration du Roman de la Rose de Jean Renart, monument littéraire du Moyen-Âge

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article