Chronique sur la poésie [6] : présentation du pantoun

Publié le par Les Poètes en Berry

Chronique sur la poésie [6] : présentation du pantoun
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Le Pantoun est une forme de poème qui nous vient de Malaisie à travers un travail de traducteur de Victor Hugo dans une marge dans ses Orientales (1828). Le pantoun malais est constitué de quatrains fait pour être énoncés, récités, chantés, dansés en toute circonstance de la vie quotidienne ou de cérémonies. Sa forme a beaucoup séduit les poètes et certains français ont repris son modèle. Une erreur d’édition veut que chez Victor Hugo soit écrit « pantoum » au lieu de « pantoun » et les deux façons d’écrire se sont mêlées dans l’histoire littéraire.

La forme des quatrains du pantoun est fixe, constitué de distiques (un énoncé mis sur deux vers) en rimes fixe AB-AB et cette façon d’écrire et de donner ses idées clairement et figée a inspiré Leconte de Lisle (5 Pantouns Malais apparaissent dans son recueil Poèmes tragiques) et Théophile Gautier (Pantoum, dans son recueil La Comédie de la Mort de 1838). Il ne manquait plus à l'époque qu’un traité de poésie pour décrire les pantouns et les propulser dans le temps et l'espace littéraire français : ce que fit Théophile de Banville dans son Petit traité de poésie française, 1871. Mais cela le sépare de son origine malaise, orale et d’usage court et rapide.

Chronique sur la poésie [6] : présentation du pantoun

Le pantoun a deux principes théoriques : 1) Le principe de bipartition ou parallélisme sémantique, entend que le premier distique montre un tableau général, une notation concrète, que le second distique développe en en exprimant un sens (imaginons de plus que cela soit fait à deux voix) ;

2) Le principe de l’alternance des rimes fait qu’au quatrain initial, on répond en construisant une seconde strophe dont le premier vers reprend le second de la précédente, et le troisième le quatrième de celle-là, soit : AB/AB > BC/BC > CD/CD, etc..

Théophile de Banville ajoutera la règle de clausule pour terminer le poème : le dernier vers doit reprendre le premier

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"Origine du terme PANTUN : Le terme est mystérieux, comme l’est d’ailleurs la poésie dont il incarne à peu près tout. Il dériverait pour certains de pari (sanscrit paribhasya, malais peribahasa), au sens de « proverbe »; pour d’autres, de parik, au sens de « faire » : d’où la proximité du genre avec le parikan, court poème javanais – et la similitude avec notre grec poïesis, « faire » également. [...]"

"Origine du terme PANTUN : Le terme est mystérieux, comme l’est d’ailleurs la poésie dont il incarne à peu près tout. Il dériverait pour certains de pari (sanscrit paribhasya, malais peribahasa), au sens de « proverbe »; pour d’autres, de parik, au sens de « faire » : d’où la proximité du genre avec le parikan, court poème javanais – et la similitude avec notre grec poïesis, « faire » également. [...]"

Pantouns Malais, Leconte de Lisle (1818-1894)

Edition de références des Poèmes Tragiques par Alphonse Lemerre, 1896

 

I.

 

L'éclair vibre sa flèche torse

À l'horizon mouvant des flots.

Sur ta natte de fine écorce

Tu rêves, les yeux demi-clos.

 

À l'horizon mouvant des flots

La foudre luit sur les écumes.

Tu rêves, les yeux demi-clos,

Dans la case que tu parfumes.

 

La foudre luit sur les écumes,

L'ombre est en proie au vent hurleur.

Dans la case que tu parfumes

Tu rêves et souris, ma fleur !

 

L'ombre est en proie au vent hurleur,

Il s'engouffre au fond des ravines.

Tu rêves et souris, ma fleur !

Le cœur plein de chansons divines.

 

Il s'engouffre au fond des ravines,

Parmi le fracas des torrents.

Le cœur plein de chansons divines,

Monte, nage aux cieux transparents !

 

Parmi le fracas des torrents

L'arbre éperdu s'agite et plonge.

Monte, nage aux cieux transparents,

Sur l'aile d'un amoureux songe !

 

L'arbre éperdu s'agite et plonge,

Le roc bondit déraciné.

Sur l'aile d'un amoureux songe

Berce ton cœur illuminé !

 

Le roc bondit déraciné

Vers la mer ivre de sa force.

Berce ton cœur illuminé !

L'éclair vibre sa flèche torse.

 

 

II.

 

Voici des perles de mascate

Pour ton beau col, ô mon amour !

Un sang frais ruisselle, écarlate,

Sur le pont du blême giaour.

 

Pour ton beau col, ô mon amour,

Pour ta peau ferme, lisse et brune !

Sur le pont du blême giaour

Des yeux morts regardent la lune.

 

Pour ta peau ferme, lisse et brune,

J'ai conquis ce trésor charmant.

Des yeux morts regardent la lune

Farouche au fond du firmament.

 

J'ai conquis ce trésor charmant,

Mais est-il rien que tu n'effaces ?

Farouche au fond du firmament,

La lune reluit sur leurs faces.

 

Mais est-il rien que tu n'effaces ?

Tes longs yeux sont un double éclair.

La lune reluit sur leurs faces,

L'odeur du sang parfume l'air.

 

Tes longs yeux sont un double éclair ;

Je t'aime, étoile de ma vie !

L'odeur du sang parfume l'air,

Notre fureur est assouvie.

 

Je t'aime, étoile de ma vie,

Rayon de l'aube, astre du soir !

Notre fureur est assouvie,

Le Giaour s'enfonce au flot noir.

 

Rayon de l'aube, astre du soir,

Dans mon cœur ta lumière éclate !

Le Giaour s'enfonce au flot noir !

Voici des perles de mascate.

Pour en savoir plus :

- Au fait, vous avez dit pantoun ou pantoum ? (en ligne ici : https://lettresdemalaisie.com/2012/05/14/au-fait-vous-avez-dit-pantoun-ou-pantoum/

- Histoire du genre pantoun : malaisie, francophonie, universalie, de Georges VOISSET, éditions l’Harmattan, 1998.

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